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Pourrait-on prendre les hippies comme une forme
de révolution, ou plutôt de contestation ?


NB: Notes et références en bas de page

4.1 La non-violence

Les hippies ne comprenaient pas pourquoi montrer la liberté sexuelle, que ce fut dans la rue, dans les journaux ou au cinéma, choquait les gens, alors qu'à la télévision, au téléjournal, bref partout, on affichait l'extrême violence de la guerre. Les hippies trouvaient plus obscène de voir du sang que du sexe Ils en avaient assez de cette fausse pudeur ancrée dans les murs. C'est pourquoi un jour, dans une manifestation, un jeune garçon brandit le slogan pacifiste «Faites l'amour, pas la guerre!» devenu si célèbre mais malheureusement trop commercialisé. Les principaux modèles des hippies étaient surtout Martin Luther King, pour sa lutte pacifiste contre le racisme et surtout Gandhi, pour sa philosophie utopique et non-violente à propos de la résistance passive. Effectivement, ce dernier les a beaucoup inspirés sur le plan moral. Comme eux, il estimait que la seule forme de relation acceptable entre humains était l'amour, et il rêvait d'une société égalitaire. Alors comment se fait-il que la violente "explosion" de mai 68 ait eu lieu? Tout simplement parce que ce n'étaient pas des hippies ! Effectivement, Mai 68 fut un événement lié aux hippies par la suite, mais qui ne comptait aucun hippie parmi ses protagonistes.

Colombe - Non Violence


4.2 Un engagement politique contre la guerre du Vietnam

Beaucoup de hippies, surtout américains, militaient afin que la guerre au Vietnam cesse au plus vite, en cherchant à convaincre les hommes politiques et les militaires américains à renoncer à leur engagement au Vietnam. Durant leurs sit-ins, leurs principaux objectifs étaient de lutter contre l'impérialisme, afin que le Vietnam soit un jour réunifié dans un unique Etat communiste. Et pour ceux qui étaient moins engagés politiquement, ils prônaient tout simplement la paix, l'amour du prochain et un monde plus juste. Ils estimaient que le sang avait déjà bien assez coulé.

Voici justement la photo1 d'un sit-in. Les hippies aimaient user de ce moyen de revendication où c'était le nombre, et non la force ou la violence, qui faisait avancer les choses. Ils s'asseyaient alors dans la rue, bloquant le trafic, et obligeant ainsi les gens à les écouter. Cela avait un bon impact, mais parfois, les policiers n'hésitaient pas à les faire déguerpir à coups de matraque, en les soulevant, ou en les traînant jusqu'à des fourgons.

Sit In


4.3 Les murs et pavés de Mai 68

Je ne vais pas m'attarder sur ces événements, que l'on peut trouver dans n'importe quel livre d'histoire, mais plutôt essayer d'en chercher la signification en analysant quelques phrases contestataires2 écrites sur les murs. Les jeunes étudiants de gauche (minoritaires par rapport à tous les étudiants), ainsi que le prolétariat par la suite, réussirent à amorcer une grave crise politique. Ils firent parler d'eux en se déchaînant contre les forces de l'ordre armées (qui étaient d'abord intervenues à la Sorbonne et à Nanterre, universités de Paris) durant les manifestations, en dépavant les rues, en dressant des barricades et en écrivant des slogans contestataires sur les murs. Ils brandissaient des banderoles révolutionnaires, prenant pour exemple notamment Che Guevara, idole de toutes les jeunesses gauchistes. Cela dura un mois. Il fallait vraiment le vouloir, car beaucoup ont été violentés par la police (arrêtés, conduits au poste, puis fichés). Certains ont commencé à écrire sur les murs pour inciter les autres à s'en donner à cur joie. Tout d'abord, voici une photo3 donnant bien le ton.

Ecrivez partout

«N'admettez plus d'être immatriculés, fichés, opprimés, réquisitionnés, prêchés, recensés, traqués.»

«Penser ensemble non. Pousser ensemble oui.»

«Il n'y aura plus désormais que deux catégories d'hommes : les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage ; ça fera des réveaulutionnaires.»

«J'emmerde la société, et elle me le rend bien.»

«Interdit d'interdire. La liberté commence par une interdiction : celle de nuire à la liberté d'autrui.»

«L'insolence est la nouvelle arme révolutionnaire.»

«Vous finirez tous par crever du confort.»

«L'humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier bureaucrate aura été pendu avec les tripes du dernier capitaliste.»

«Les gens qui travaillent s'ennuient quand ils ne travaillent pas. Les gens qui ne travaillent pas ne s'ennuient jamais.»

«Un flic dort en chacun de nous ; il faut le tuer.»

«Faites l'amour et recommencez.»


On peut retirer un tas de choses de ces petites "morales". Tout d'abord, toutes, ou presque, ont un ton ironique ou même franchement humoristique, pour dire leur mécontentement. Ensuite,leurs principaux sujet d'acharnement sont surtout la police, la société, les interdictions, le matérialisme, le capitalisme et le travail imposé. Enfin, elles militent souvent pour le même genre de causes: la révolution, la solidarité, la liberté de choix et d'action, une société égalitaire, le droit à une forme de vie alternative, l'amour de son prochain. En cela, les hippies sont très proches d'eux.

Sur la photo4 ci-dessous, l'on voit des policiers affrontant un groupe d'étudiants au cours des événements de Mai 68 au quartier Latin à Paris. Les policiers sont armés de matraques; ce sont eux les agresseurs. Les étudiants, quand à eux, n'ont aucune arme. Ils se "défendent" par un phénomène de masse.

Phénomène de masse


4.4 Des revendications bien précises

Voici un texte montrant que le mouvement gauchiste de Mai 68 comprenait également de jeunes adolescents lycéens, et pas que de jeunes adultes universitaires:

«Le comité de grève du lycée Voltaire regroupe toutes les catégories d'usagers (élèves, parents, enseignants, agents) qui remettent en cause les structures profondes et les conditions matérielles de l'enseignement français dans un contexte social aggravé par les licenciements, le chômage, et la répression policière qui frappe ceux qui refusent d'en être les victimes. L'Université française n'est pas une pièce à part dans le système économique et social; ses structures se modèlent sur les besoins d'une société capitaliste. Entre le Plan Fouchet et le 5ème plan il y a une relation d'appartenance et ce sont les mêmes impératifs économiques qui menacent la jeunesse étudiante et ouvrière.

En effet, le Plan Fouchet fait de l'enseignement une machine rentable destinée à former la main d'uvre sous-qualifiée et la masse de chômeurs nécessaire. Pour cela, il prévoit dès l'entrée en 6ème la répartition de la jeunesse scolaire entre les différents couloirs des CES et des premiers cycles des lycées et, à chaque étape, l'élimination des élèves en surnombre par rapport au pourcentage du gouvernement.»


Après avoir lu ce texte5, écrit le 26 mai 1968, l'on comprend mieux les raisons qui poussèrent les universitaires et lycéens à se plaindre contre les méthodes d'enseignement. Menés par Daniel Cohn-Bendit, principal instigateur des mouvements contestataires durant l'année 1968, les étudiants parisiens militaient contre leurs professeurs, qui étaient accusés de «fabriquer» des étudiants incapables de penser par eux-mêmes mais au contraire formées à penser comme la société économique et industrielle le voulait. Ils revendiquaient de meilleures méthodes d'enseignement et une plus grande liberté d'action. Ils luttaient également contre tout ce qui ne leur plaisait pas dans cette société, comme la répression policière, la presse mensongère, la politique de DeGaulle, le pouvoir des riches aux dépens des pauvres, le fascisme, le puritanisme de la religion, le système capitaliste, etc...


4.5 Frères, cousins ou héritiers de ceux de Mai 68?

En fin de compte, avec du recul, les hippies sont-ils des révolutionnaires comme les étudiants de la Sorbonne, ou bien de simples contestatairesremettant tout en question? Comment considérer ces adolescents? Après tous les livres que j'ai lus à ce sujet, je suis un peu déconcertée, car chaque auteur en donne un avis différent!

Personnellement, en ce qui concerne les hippies, je les classe sans hésiter dans le clan des contestataires, car qui dit Révolution dit forcément violence, et les hippies détestaient cela.

Par contre, pour les jeunes de Mai 68, le choix est plus diffiçile à faire Je pencherais aussi pour la seconde solution, car, même s'ils ont fait changer beaucoup de choses par la suite, ce n'était pas vraiment une Révolution en tant que telle, comparable avec les Révolution Russe et Française, qui firent couler beaucoup de sang et qui réussirent à changer concrètement des choses importantes dans le système. Il y eut de la violence, mais celle-ci resta limitée et ne dégénéra pas jusqu'à la mort d'un manifestant. En fait, eux-mêmes auraient certainement voulu qu'il s'agisse d'une Révolution, mais malheureusement il en aurait fallu plus pour que le système politico-social change radicalement. À mon avis, ce fut plutôt une révolte, un conflit des générations poussé au paroxysme, ou autrement dit, un appel à la résistance. En effet, ces étudiants avaient la possibilité de protester verbalement et de descendre dans la rue pour se faire entendre, mais pas de se retourner contre l'Etat, car ils n'étaient pas assez nombreux et n'avaient donc pas assez d'impact.

Et en ce qui concerne les ressemblances entre hippies et jeunes gauchistes, je dirais qu'ils avaient les mêmes revendications et façon de penser; la seule différence était simplement leur manière de contester. Les hippies préféraient la non-violence (sit-ins), tandis que les étudiants de Mai 68 s'exprimaient par la force pour se faire entendre (dépavage des rues). Ils avaient une conscience politique d'extrême gauche et un engagement qui allait jusqu'à affronter violemment la police pour faire changer les choses. Les hippies, eux, avaient plutôt une philosophie du genre hare krishna ! Ils n'étaient donc en tout cas pas "frères" des étudiants de gauche, ni "héritiers", puisqu'ils existaient déjà avant Mai 68. Le mieux serait à mon avis de les qualifier de "cousins". Par contre, il est vrai que depuis Mai 68, le mouvement hippie s'est encore plus répandu en France.


Notes - Références

  1. Tirée de : Nous l'avons tant aimée, la Révolution, de Dany Cohn-Bendit, p.64
  2. Tirées de : Interdit d'interdire : les murs de Mai 68, des Enragés Anonymes
  3. Tirées de : Encyclopédie Universalis, Corpus 13, article « Jeunesse »
  4. Tirées de : Encyclopédie Universalis, Corpus 13, article « Jeunesse »
  5. Tiré de : Mai 68 : Révolution ou psychodrame ?, de Claude Fohlen, p. 29






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Mise à jour 16.3.2007

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