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Comment les hippies étaient-ils considérés
par les autres jeunes et par les adultes de l'époque ?


NB: Notes et références en bas de page

3.1 Observés par les médias

La presse, la radio et la télévision parlaient des hippies comme d'un phénomène de société, parfois en les jugeant assez durement, parfois pas du tout. Cela dépendait bien sûr du journaliste ayant réalisé l'interview ou le reportage. Pourtant, le but des médias étant d'informer et non de prendre parti, la plupart des reportages concernant cette nouvelle forme de jeunesse sont plutôt neutres. Par exemple, dans les dossiers d'actualité mondiale, les hippies sont classés sous «Problèmes politiques et sociaux», ce qui, à priori, est d'aspect négatif. Mais en fin de compte, ces textes ne contiennent quasiment pas de critiques négatives. Ils essaient seulement d'analyser ce mouvement contestataire marginal.

Voici un article1 typique où l'on n'arrive pas vraiment à savoir de quel côté se situe la journaliste, Danièle Rozenberg:

«Eté 1969. L'affluence des jeunes étrangers à Ibiza atteint des records absolus. Depuis deux-trois ans déjà, les hippies ont envahi le quartier du port, les ruelles de la vieille ville, les plages et la campagne environnante. Cheveux longs, barbus, vêtus de tenues multicolores d'inspiration indienne, ils s'étalent aux terrasses des cafés dans l'attente du bateau qui les conduira à l'île voisine de Formentera. Ils jouent de la flûte, lézardent au soleil, se baignent puis, le soir venu, s'assemblent au clair de lune pour bivouaquer, faire de la musique, «voyager» à l'herbe ou à l'acide Ces visiteurs d'un genre nouveau qui sourient aux passants, déconcertent et fascinent tous ceux qui les approchent. Halte sur la route du Maroc et de l'Orient avant le «plongeon», ou vacances-évasion, la découverte d'Ibiza est la préfiguration d'une autre vie possible.»

Ici, Danièle Rozenberg ne juge pas les hippies; elle les décrit. Son but est de faire ressentir aux lecteurs l'atmosphère régnant à Ibiza. Mais on ne sait pas vraiment ce qu'elle en pense. Peut-être est-elle fascinée et un peu envieuse de ce ce mode de vie libre, ou peut-être déconcertée par ces jeunes gens. En effet, au début, le peuple les imaginaient sûrement comme de vrais révolutionnaires révoltés contre le système, alors qu'en fait ils étaient pacifiques et aimaient leur prochain! On ne pouvait rien leur reprocher...


3.2 Ignorés, critiqués, détestés ou incompris par certains

Une chose est sûre: les hippies étaient surtout mal vus par les bourgeois, les gens riches, étroits d'esprit ou très religieux, et par les politiciens de droite (ou d'extrême droite), tout simplement parce qu'ils avaient des idées et un comportement totalement opposées aux leurs. Pour eux, le mouvement hippie représentait de jeunes voyous dangereux, sans foi ni loi, sales et drogués

D'autres personnes critiquèrent surtout les hippies vivant en communauté avec leurs jeunes enfants, car selon eux, ceux-ci étaient mal soignés, mal éduqués, mal nourris et pervertis. Voici un extrait du livre de John Rothchild et Susan Wolf, intitulé Les Enfants de la contre-culture (p.237):

«En général, les enfants communautaires jouissent d'une liberté physique qui remplirait de crainte une mère de la ville.

Chaque groupe d'âge va au-delà des limites du bon-sens. Au ranch, on laissait les petits en face de tas de vieux outils et d'objets dangereux; des enfants de sept et huit ans restaient seuls dans les maisons, au Last Resort, avec des couteaux tranchants, des poêles et des scies mécaniques. Au Centre d'Études du Taos, on laissait les adolescents avec la drogue, les fusils, le sexe; on permettait à des gosses de douze ans de s'installer au bord de la route pour faire de l'auto-stop avec des inconnus. Tout ce qui n'est pas arrivé directement à ces enfants, ils l'ont probablement vu arriver à d'autres. Même à la Ferme, où les enfants jouissaient d'une liberté moins totale, ils pouvaient voir leurs parents avoir des rapports sexuels.

Dans d'autres communautés, les enfants étaients témoins de querelles sans fin et de disputes conjugales, de sessions de drogue, parfois d'orgies, d'épidémies, et de frasques familiales de toutes sortes. Les parents ne faisaient aucun effort pour amortir les chocs ou protéger les enfants des dangers et des fortes expériences émotionnelles.»


Rothchild et Wolf, afin d'écrire ce livre, sont allés visiter plusieurs communautés hippies, rurales ou urbaines. Ils savent donc de quoi ils parlent et leur point de vue est assez objectif, car je ne cite ici que les points négatifs. Selon eux, les enfants vivant dans des communautés ont aussi certains avantages. Par exemple, ils sont très vite indépendants, et ne sont pas du genre à sucer leur pouce ou à rester agrippés à la jupe de leur mère, comme certains enfants "normaux". Pourtant, ces points positifs me semblent bien maigres comparés aux désavantages cités plus haut. À mon avis, ces enfants communautaires n'avaient aucun point de repère, et perdaient leur innocence beaucoup trop tôt. Pourtant, la naïveté n'est-elle pas une des plus belles caractéristiques de l'enfance?


3.3 Admirés par d'autres

Mais le mouvement hippie avait aussi ses sympathisants. Certains n'en faisaient pas partie parce qu'ils s'estimaient trop vieux, ou, pour certains jeunes, parce qu'ils n'avaient pas envie de chambouler leur petite vie tranquille et de décevoir leurs parents. Même certains écrivains sérieux, comme Théodore Roszak dans son livre Vers une contre-culture, affirmait que les expériences psychédéliques à partir du LSD étaient bénéfiques en tant "qu'exploration de la politique de la conscience".

Le célèbre écrivain François Mauriac, dans ses Bloc-notes (p. 77), dit, en parlant de Mai 68, aussi éprouver une certaine sympathie pour ces jeunes contestataires :

«(..)Certes je ne m'étonne pas, je ne m'indigne pas: ces garçons réagissent, à l'entrée de la vie, avec le souci dominant d'un avenir sans débouché où ils ont la hantise de ne pas trouver leur place. Moi, dans mon « illustre retraite », pour parler comme Rimbaud, ma copie remise, je me distrais en attendant la fin, avec des lectures d'histoire. Comment ressentirais-je ce qu'ils ressentent ? Je m'y efforce pourtant. Je suis tout de même avec eux.(...)»

Mauriac ne parle pas directement des hippies dans cet extrait, mais plutôt des jeunes rebelles de Mai 68. Pourtant, hippies ou non, ces jeunes avaient les mêmes préoccupations, entre autre celle de ne pas vouloir entrer dans cette société dominée par l'argent et le pouvoir (voir chapitre suivant). Mauriac semble bien aimer ces jeunes, mais l'on remarque tout de même chez lui un sentiment de pitié et d'incompréhension. Il ne se sent pas assez proches d'eux, de par la différence d'âge qui les sépare. On pourrait presque parler ici de "fossé des générations"! Pourtant, il a l'air de les soutenir dans leur combat. Il essaie de se mettre à leur place.

Deco Hippie


Notes - Références

  1. Tiré de : Hippies, Loubards, Zoulous: jeunes marginaux de 1968 à aujourd'hui, de Gérard Mauger p. 8






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Mise à jour 20.4.2010

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