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Comment les hippies se voyaient-ils eux-mêmes?
Quels étaient leurs valeurs, leurs idéaux,
leurs habitudes, leur mode de vie?


NB: Notes et références en bas de page


2.1 La "religion" hippie

La célèbre expression "Peace and Love", c'est à dire "Paix et Amour", signifie en d'autres termes: "Faites l'amour, pas la guerre!". Elle devint l’emblème des hippies américains afin de choquer les puritains. Finie la pudeur, bonjour le plaisir!

Un autre signe de paix et de reconnaissance entre hippies est le V formé avec les doigts, repris par les partisans de McCarthy, candidat démocrate aux élections présidentielles dans les années soixante.

Ce pacifisme se retrouve également dans l'autre expression "Flower Power", c'est à dire "le Pouvoir de la Fleur". Effectivement, lorsqu'un hippie offrait une fleur à quelqu'un, cela symbolisait l'amour de son prochain, de la nature et de la paix. C'était en fait une sorte d'idéologie qui prônait l'utilisation des drogues douces permettant de "planer" (= atteindre un état de douce euphorie), l'enseignement de la philosophie orientale et une remise en question des valeurs matérialistes de la société occidentale.

D’ailleurs, la photo1 ci-dessous prise à la Convention de Chicago en 1967, lorsqu’une hippie offrit une fleur aux policiers de la Garde Nationale, devint très célèbre. Ce geste narguait un peu les gardes; il signifiait qu’avec l’amour de son prochain, on pouvait parvenir à tout sans arme ni violence:

Fritz The Cat

Pour mieux comprendre tout cela, voici un extrait de l'interview d'un jeune hippie français, M.C. Jalard, faite par Bernard Plossu2:

"B.P.: - Bonté, tolérance, amour du prochain... La pensée hippie me paraît très proche du christianisme évangélique.

M.C. J.: - Moi, j'ai vraiment l'impression, quand on entend ce que prêchent les hippies, que c'est exactement le catéchisme. Le pardon qui est le cœur même de notre idéal, n'est-ce pas sur quoi la religion prétend se fonder? Mais il n'y a pas de pratique religieuse chez nous, et ce pour une bonne raison: l'endroit où un hippie est le plus critiqué, et le plus sévèrement car cette critique prend le masque de la pitié, c'est dans une église. Si je rentre dans une église, les gens voyant ma tête se retournent et prient pour mon salut car ils sont persuadés que je suis mauvais. Alors que je suis devant eux, en statue, puisque devant eux, il y a le Christ avec la même longueur de cheveux, la même barbe! Mais ils ne voient pas la ressemblance...

B.P.: - Certes, mais enfin les hippies se réfèrent aussi à d'autres pensées. Ils semblent même se plaire à mêler les religions.

M.C. J.: - Là, il faut faire la part du snobisme. Beaucoup ont recours au Zen, à Bouddha, etc., parce que c'est plus exotique de se référer à quelque chose d'étranger à sa culture. Il n'y a aucun doute que le Livre des Morts tibétain, que le Zen, ça a beaucoup plus de charme. Personnellement, je serais plus sceptique. Je connais quelqu'un qui vit maintenant en Inde, eh bien, je me rends compte qu'il en arrive à une certaine sagesse; mais son point de départ, ses buts ne sont pas tellement différents de la sagesse dont a parlé Jésus."


On voit bien dans cette interview que, pour la plupart des hippies, Jésus n'était pas ringard. Au contraire, ils le considéraient comme le premier hippie! Même s'il n'existe pas vraiment de religion attitrée des hippies, ceux-ci prenaient apparemment tout ce qu'ils trouvaient de bien dans chaque religion, avec une nette préférence pour le bouddhisme et le christianisme. On pourrait également les comparer à la secte des Hare Krishna, car eux aussi ont pour but d’aider leur prochain et de "se trouver". Ils voulaient parvenir à un monde meilleur, où régneraient la tolérance, le bonheur, l'amour et la paix. Il s'agit plutôt d'une sorte de philosophie ou d’un syncrétisme (= fusion de plusieurs doctrines) que d'une religion.


2.2 Le retour à la nature

Les hippies aimaient pratiquer le retour à la nature en s'occupant d'un jardin et d'animaux, souvent de moutons. C’était une de leurs idées principales. Ceux qui parmi eux poussèrent cette idéologie à l'extrême allèrent vivre en Grèce, en Turquie, en Inde, au Maroc, ou simplement dans des endroits retirés de France, afin de se consacrer à la nature. D'autres préférèrent partir dans les pays nordiques, tels que la Suède, le Danemark ou la Hollande, où la liberté sexuelle et la tolérance des styles de vie leur convenaient mieux. D'ailleurs, Amsterdam, était une ville très appréciée par les hippies, surtout par sa convivialité et sa lutte antipollution (les gens ne s'y déplacent presque qu'en vélo).

Voici un passage du journal3 d’une communauté française, près de Toulouse, daté du 20 août 1975:

"[…] Vivre à la campagne, y créer, y produire, ce n’est plus pour nous une absurdité ridicule. Nous commençons à abandonner notre mépris inconscient pour ce monde réel et essentiel que sont la nature, les cultures, les animaux, le monde paysan, ceux que beaucoup de citadins appellent encore les " péquenots " ! ! ! Parallèlement, le boulot bien réglé et entièrement imposé, en ville, tournée des cafés, le film ou le bal du samedi soir, le tiercé qui remplace la messe des dimanches matin, l’atmosphère concentrationnaire des H.L.M., tout cela nous semble bien loin… Nous savons que ça existe encore et partout, que beaucoup de gens y vivent parce qu’ils ne peuvent pas se payer le "luxe" de partir, de changer de cadre, mais pour nous, on ne pourrait plus y retourner."

Le document nous montre que les hippies se consacraient à la nature premièrement par refus de la société de consommation et deuxièmement par souci d'écologie. Leur principal objectif était en fait de fuir la société industrielle pour oublier l'argent, le profit et le matérialisme, et se retrouver en symbiose avec la nature.


2.3 La vie communautaire

Ce fut à l'époque des hippies que prit naissance le temps de l'utopie communautaire, qui débuta d'abord dans les années soixante aux États-Unis. Les jeunes Français, eux, dès le début des années septante, aimaient se rassembler, surtout en été, afin de vivre en commun une vie différente de celle qui leur était proposée par la société dont ils étaient issus. Ils voulaient montrer qu'il était possible de vivre autrement, de manière indépendante mais solidaire, tout en côtoyant des gens ayant les mêmes idées qu'eux. Parfois, ils habitaient plus ou moins illégalement dans des squats (maisons abandonnées), et vivaient avec le minimum vital, puisqu’ils affirmaient que c’est la société qui crée les besoins secondaires.

Ces communautés étaient d'ailleurs assez mal vues par les "vieux" de l'époque, qui y voyaient un monde d'obscénité et de dégradation des mœurs; elles étaient même recherchées par la police. Mais la plupart du temps, les communautés hippies désertaient la ville à cause de la police, de la pollution et du capitalisme, pour aller se réfugier à la campagne ou à la montagne. Les principales régions de France qui abritèrent des communautés hippies furent surtout le Larzac, l'Ardèche, les Cévennes, le Gard, la Haute-Ariège, et quelques autres vallées alpestres...

Pourtant, ces communautés ne duraient jamais plus de quelques années, car en fin de compte, elles se révélaient être un échec. Elles devenaient invivables, soit parce que les habitants n’arrivaient plus à s’entendre entre eux, soit parce qu’ils se rendaient compte qu’ils avaient besoin de plus d’indépendance et d’individualité et que leur promiscuité leur pesait trop lourd. C’est pour cela que beaucoup de communautés se séparèrent, se rendant compte que leur expérience était effectivement utopique.

Voici une petite annonce4 parue dans un journal français:

"Nous savons que votre canard n’est pas une tribune d’annonces mais pourriez-vous parler de notre projet et nous mettre en liaison avec toute personne qui désirerait:

- vivre avec d’autres à travers des rapports authentiques et avec le moins de contraintes possibles;

- vivre dans une communauté rurale en étroite relation avec le milieu urbain, les autres communautés, les voisins, etc...;

- vivre d’une activité agricole mais aussi de tout ce que l’on voudra (autogestion);

- avoir une responsabilité collective et une éducation non directive des enfants;

- vivre en liberté sexuelle complète;

- contester, à partir de la vie quotidienne (de la nôtre et celle de l’entourage), les bases de la société dont nous fuyons les aliénations, l’hypocrisie, l’isolement, la misère et l’ennui;

- bénéficier d’un accueil maximum

Nous avons un projet concret pour cet été. Ecrivez-nous. Nous pourrons vous contacter, principalement à Besançon, Paris, Toulouse, Poitiers et Royan."


Cette annonce illustre parfaitement les raisons qu’avaient ces jeunes de déménager en communauté, et ce qu’ils y recherchaient. Ce qui ressort le plus est cette envie de liberté, loin du système établi de la société autoritaire. À mon avis, beaucoup de jeunes seraient intéressés par un tel mode de vie, mais lorsqu’il s’agirait de le mettre en pratique, ce serait beaucoup plus compliqué qu’il ne semble…


2.4 Un comportement plus libre

En ce qui concerne les hippies, la libération des mœurs se fit ressentir principalement sur le plan culturel. Par exemple, ceux-ci se mirent à privilégier les voyages, surtout en Inde, afin de découvrir et connaître d'autres sociétés ou cultures alternatives. Sur le plan musical, ils organisèrent des festivals où les jeunes venaient "s'éclater" , c’est-à-dire prendre de la drogue et flirter tout en écoutant de la bonne musique. C’est ce qu’ils appelaient une ambiance psychédélique.

La photo5 ci-dessous a été prise dans une maison communautaire à Los Angeles dans les années soixante. On peut y voir des murs typiquement psychédéliques, peints par les habitants. Les couleurs sont vives et les formes abstraites et nombreuses. Cela exprime l’état procuré par les drogues psychotropes.

Fritz The Cat

La mode en France fut aussi aux films et comédies musicales américaines. Parmi les plus connus, on peut citer "Easy Rider"(roadmovie racontant l’histoire de deux motards qui traversent l’Amérique, et qui rendit célèbre la chanson Born to be wild), "Oh! Calcutta!", "Godspell", "Tommy" (du groupe The Who), "Jesus Christ Superstar" et "Hair". Cette dernière fut très choquante pour le commun des Français, car pour l'époque, la liberté sexuelle qui y était montrée était presque à la limite de la pornographie ; il n’y avait plus de tabous ! "Hair" prenait aussi position contre la guerre du Vietnam.

La photo6 ci-dessous montre justement la libération des mœurs sur le plan sexuel. Au festival de Woodstock, en 1969, jeunes hommes et femmes se mélangeaient dans l’eau, nus et sans aucune inhibition. Cela choqua l’Amérique entière, et c’était le but ! Personnellement, cette photo me choque moins, puisque depuis les années septante, on a justement l’habitude de voir la nudité un peu partout, que ce soit au cinéma, à la télévision, dans les journaux ou dans les bandes-dessinées. Par contre, dans la réalité, le fait de se mettre à nu ainsi devant tout le monde n’est pas entré dans les mœurs ! Si, ces trente dernières années, la société occidentale a évolué dans un sens moins puritain, elle est restée tout aussi pudique.

Fritz The Cat



Tenues typiques Tenue typique
Deux scènes tirées de la version cinématographique de la comédie musicale Hair
(sortie en 1977, réalisée par Milos Forman), qui était une critique de la société américaine


2.5 " L’exil " dans les pays orientaux

Chez les hippies, il était d’usage de fuir la société capitaliste française en allant découvrir une culture différente dans les pays pauvres et à très ancienne culture d’Asie, comme l’Inde, le Népal ou le Pakistan, afin de se ressourcer et d’aller à la recherche de la vérité.

Voici les propos du secrétaire du Consulat de France à Katmandou en 1969, recueillis par Bernard Plossu7:

"Ce que vous voyez là, ce sont des lettres de pères et de mères de famille qui me supplient de leur donner des renseignements sur leur fils ou leur fille. J’ai toute une liste de descriptions, qui se ressemblent toutes. Ce sont des affaires assez particulières et des cas à traiter bien différents de ceux de mes collègues en poste en Europe. Tous les Français que je vois défiler dans ce bureau, sont des jeunes au bout du rouleau qui ont besoin de nous. Qui ont besoin d’argent et qui veulent être rapatriés en France parce qu’ils n’en peuvent plus. La drogue… […] Ce ne sont jamais les mêmes. En moyenne, une vingtaine ou une quarantaine, c’est difficile à chiffrer, résident au Népal. La grande période de pointe s’est située après Mai 68. De nombreux étudiants ont quitté la France. J’ai constaté que pas mal de garçons avaient des cartes de la faculté de Nanterre. Ayant pris position pendant quelques mois, ils se sont, après les élections, retrouvés complètement déboussolés et ils sont partis… " sur le chemin de Katmandou ", comme on dit maintenant à Paris. […] Une fois, j’ai eu affaire à une Parisienne complètement cinglée. Elle vivait à Pashupati, depuis six mois, avec un "sadou", un pèlerin indien chevelu qui est en constante méditation. Elle ne parlait plus. Elle était sous l’emprise du LSD. On a réussi à la faire venir à l’ambassade en lui disant qu’une lettre l’attendait avec de l’argent dedans. C’était un piège, mais les parents s’inquiétaient et il fallait faire quelque chose."

Ce témoignage est assez émouvant, lorsque l’on pense à tous les inconscients, parfois mineurs, qui partaient à l’aventure sans même donner de leurs nouvelles à leurs parents. C’est là que l’on voit à quel point le LSD a pu faire des ravages. Par contre, comme vous pourrez le voir ci-dessous avec l’histoire de Christian Heck, 19 ans6, également interviewé par Bernard Plossu, cela se passait parfois très bien:

"Je me suffis à moi-même. Je n’ai plus besoin de drogue. J’ai trouvé ce que je cherchais en venant ici. Je suis arrivé à mon Ashram à 3000 mètres d’altitude dans les Himalayas, après six heures de marche sous la pluie. J’ai été très bien accueilli. […] Nous nous levons à quatre heures du matin. Puis, nous prions en commun. C’est une vie très simple. Nous avons ensuite une heure de yoga, puis le petit déjeuner pris en commun, comme tous les repas. Quelques travaux pour la communauté… une longue sieste et des tranches de méditation."


2.6 La transmission des idées

Du point de vue littéraire, plusieurs journaux, comme Actuel, Le Parapluie ou Charlie Hebdo, dits de "culture hip" ou de "contre-culture" furent distribués, afin de répandre leurs idées politiques, artistiques et écologiques. Même des BD furent créées, comme Fritz the Cat, de Robert Crumb. Ce dernier remporta un tel succès qu’il y eut même deux dessins animés dans les années septante. Après en avoir vu un, je peux vous dire que cela ne parle carrément que de la libération sexuelle et de l’usage de drogues. C’est fait pour être choquant et drôle à la fois.

Fritz The Cat

Certains poètes ou écrivains rebelles et engagés, comme les américains Allen Ginsberg et Walt Whitman, se rendirent célèbres en écrivant des poèmes aux idées libertaires et anarchistes, qui plurent énormément aux jeunes hippies. Ils rêvaient d’un monde utopique, dépourvu de toute autorité, et écrivaient souvent sous l’effet de drogues. On les appelle les poètes de la Beat Generation. Ils étaient toutefois plus proches des beatniks que des hippies.

Voici un poème d’Allen Ginsberg, tiré de Kaddish8 :

"Croa croa gueulent les corbeaux et la lumière blanche sur les pierres tombales de Long Island

Seigneur Seigneur Seigneur Naomi sous l’herbe le partage de ma vie telle la sienne

Croa croa mon œil enfoui sous la même Terre où je suis l’Ange

Seigneur Seigneur l’Œil immense nous regarde Sa mouvance dans le nuage noir

Croa croa plaintes d’Etres projetés dans le ciel étrange sur la marée d’arbres

Seigneur Seigneur O Broyeur dans l’Au-Delà immense ma voix dans un champ sans limite à Shoel

Croa croa l’appel du Temps déchiré de l’aile au pied un instant dans l’univers

Seigneur Seigneur un écho dans le ciel le vent dans les feuilles-loques rugissement de la mémoire

Croa croa tous les ans ma naissance un rêve croa croa New York l’autobus la chaussure brisée l’école croa croa toutes les visions du Seigneur

Seigneur Seigneur Seigneur croa croa croa Seigneur Seigneur Seignuer croa croa croa Srigneur"


Ce poème très bizarre a été écrit pour sa mère Naomi Ginsberg,, atteinte de folie et morte dans un hôpital psychiatrique. Tous ces mots, mis à la suite sans verbe, forment ensemble comme une lente mélopée ayant pour thème principal la mort. Il faut savoir que Ginsberg écrivait souvent sous l’effet du LSD, c’est pourquoi il ne faut pas toujours chercher trop loin des explications à ses écrits. De plus, c’était un poète considéré comme marginal pour l’époque. Par exemple, il revendiquait haut et fort son homosexualité. Il a beaucoup voyagé (en Inde surtout), ce qui l’inspirait énormément pour écrire, et a donné plusieurs conférences aux Etas-Unis.

Ce qui est certain, c'est que les années hippies furent très enrichissantes et aidèrent la société à changer ses mœurs par le biais d'une culture dite "pop", qui influença beaucoup la fin du 20ème siècle.



2.7 Un habillement caractéristique

Les hippies s'habillaient de façon très originale et presque choquante pour les gens de l'époque: pantalons "pattes d'éléphant", tuniques ou djellabas indiennes, gilets afghans, "moumoutes" brodées, petites lunettes rondes, habits à motifs très colorés et souvent fleuris, bandeaux dans les cheveux, sandales, longs colliers et bracelets de perles, bagues voyantes, badges fantaisie, etc... Les filles et les garçons s'habillaient volontiers de la même façon, afin de gommer les habitudes sexistes de la société. Par contre, les garçons se laissaient souvent pousser la barbe. Les "patt' d'eph'" ont en fait été lancées par les hippies californiens, qui achetaient leurs pantalons au rabais dans les surplus de l'US Army. Que ce fut du jean délavé ou du velours, la "mode" hippie était aux pantalons tailles basses, évasés au bas des jambes, décousus et élargis avec n'importe quel tissu dépareillé.

Bref, le style excentrique des hippies, sans être pour autant stéréotypé, était surtout fait pour être reconnu de loin! Mais pourquoi adoptaient-ils un tel look? Était-ce par anticonformisme, pour provoquer les bourgeois et ne surtout pas leur ressembler? Certainement, mais aussi pour la simple raison qu'ils aimaient cela: les frusques et les "déguisements" étaient pour eux un plaisir ; ils les trouvaient beaux… Et, comme c'est encore le cas pour la plupart des jeunes d'aujourd'hui, l'on s'habille d'un certain style pour appartenir à un certain genre de personnes, pour faire partie d'une catégorie de gens bien différenciée. Une chose est sûre, c'est que leur habillement faisait entièrement partie de leur culture orientale. C'est pourquoi ils affectionnaient tout particulièrement les vêtements de style indien, les parfums au patchouli et l'encens. En fait, on ne peut pas vraiment parler de mode chez les hippies, car ceux-ci mettaient ce qu'ils voulaient et ne dépensaient que très peu d'argent en habits (choses matérielles), qu’ils achetaient souvent en "2ème main".

Tenues typiques Tenue typique

Sur les deux photos9 ci-dessus, l’on peut voir les tenues typiques que portaient les hippies. C’était en quelques sortes les "uniformes des non-conformistes". Ils entendaient par là montrer le refus qu’ils opposaient à la société bourgeoise. Par exemple, la fille porte un bikini à grosses fleurs et s’est peint un Love audacieux dans le dos. L’homme sur la photo de droite a une barbe, un vieux béret certainement récupéré, des colliers et des bracelets de verroterie.


2.8 L'usage de drogues

Les principales drogues consommées par les hippies étaient la marijuana et le haschich (drogues dites douces), ainsi que le LSD, la mescaline et autres acides hallucinogènes (drogues dites dures). Leur but était de méditer à travers ces paradis artificiels, d’élargir leur conscience, de "sortir de son corps" comme les chamans indiens. Ces drogues faisaient partie de leur culture et de leurs habitudes hebdomadaires. Mais attention, il ne faut pas forcément toujours associer la drogue aux hippies, car il existait aussi beaucoup de hippies qui ne se droguaient jamais ou très rarement.

La marijuana, ou cannabis, est un psychotrope naturel tiré d'une plante contenant du THC (tétrahydrocannabinol). Elle peut se fumer sous forme d'herbe, de résine (haschich ou shit) ou d'huile, ou se mélanger à la nourriture. Le plus souvent, les hippies la fumaient en cigarettes appelées joints, ou à l'aide de chillums, sortes de petites pipes en bois servant à aspirer plus de bouffées de fumée à la fois. Ses effets peuvent être très différents et dépendent souvent de l'état d'esprit du consommateur. Par exemple, ils peuvent être euphorisants, ou au contraire relaxants. Le cannabis peut aussi être utilisé à des fins médicales.

Voici un témoignage anonyme10 récent qui montre bien que, même s’il n’y a aucune dépendance physique au cannabis, la dépendance psychique est en revanche très forte:

"J’ai fini par fumer tous les jours en commençant parfois dès le matin. C’était ce qui me permettait de communiquer avec les autres. Mais les effets attendus ont commencé à diminuer. En fait, fumer me rendait de plus en plus groggy et endormi, puis j’ai commencé à tousser. Ces effets n’ont cessé d’empirer jusqu’au jour où j’ai compris qu’il me faudrait arrêter. C’est donc ce que j’ai décidé de faire. J’ai été surpris à vrai dire de découvrir que ce n’était pas si facile. Il m’a fallu en effet trois ans pour arrêter complètement la marijuana. Je n’avais jamais perçu à quel point j’étais en proie à une accoutumance, à quel point j’étais accro."

Le LSD (diéthylamide de l'acide lysergique) est un psychédélique hallucinogène qui provient d'un champignon appelé ergot, qui s’attaque le plus souvent au seigle. Synthétisé sous forme de petite pastille à avaler, cet acide permet de "voyager" (ou triper) pendant environ dix heures. Les hippies appréciaient cette drogue, que l'on ne trouvait qu'au marché noir, car elle les faisait "planer" et oublier les aspects négatifs de la vie.

Voici deux témoignages de jeunes filles accros au LSD. Le premier11 est de Judy, lors d’un examen dans un centre neuro-psychiatrique, et le second12 est tiré d’un journal intime anonyme. Aucun des deux n’est vraiment daté, mais l’on sait que ce sont des témoignages datant de la fin des années soixante.

"Je n’entends plus rien, tout juste les battements de mon cœur amplifiés des millions de fois: Rom-bom, Rom-bom… Je suis perdue à l’intérieur de moi-même. Je sens monter en moi une colonne d’énergie comme une flamme géante qui me réchauffe. Oublie ton ego… Saloperie d’ego, tu es toujours là à m’empoisonner… Respire, concentre-toi!"

"[…] Les couleurs me coulent dessus et le carreau fêlé de la fenêtre est d’une beauté terrible. Cette vie est merveilleuse. C’est si beau que je ne peux pas le supporter. Et j’en fais partie ! Tous les autres gens ne font qu’encombrer la terre. Bougres de cons. Je voudrais leur enfoncer la vie dans la gorge et ils comprendraient peut-être ce que ça signifie. Près de la porte une grosse fille aux longs cheveux blonds sales se met à genoux sur un tapis vert et violet. Elle est avec un type et il a un anneau dans le nez et des tatouages de toutes les couleurs sur son crâne rasé. Ils se regardent en se répétant "amour". C’est très beau à voir. Les couleurs se fondent et se mélangent. Les gens se mélangent. Les couleurs et les gens font l’amour."

Apparemment, le LSD modifie complètement les perceptions sensorielles et temporelles, rend un peu fou (à force d’en prendre) et transporte la personne dans un autre "monde", où règne l’amour… Cependant, il arrivait parfois que l'on soit victime d'un "mauvais trip", c'est à dire d'angoisse et de panique.

L’image13 que vous voyez ci-dessus est en fait une affiche pour la campagne électorale californienne contre le gouverneur Ronald Reagan, en 1969. Il porte le slogan "Rassemblez-vous!" (rendu plus tard populaire par le sympathisant John Lennon) et des champignons hallucinogènes sont dessinés. L’homme en question est Timothy Leary, idole (et même gourou, pour certains) des hippies, ancien professeur au Centre de recherches sur la personnalité de l’Université d’Harvard, qui fut condamné à plusieurs années de prison pour avoir fait des expériences à partir de drogues hallucinogènes, dont des champignons mexicains. C’est lui qui, à travers de nombreuses conférences au début des années soixante, introduisit le LSD en Amérique, et surtout dans le mouvement hippie. Au début, on le laissa faire ses recherches. Puis, lorsqu’on se rendit compte des effets néfastes du LSD, la justice le fit arrêter. Il faut également préciser qu’avant les hippies, l’usage de drogues n’était pas aussi fréquent. On en parlait peu, et donc ce n’était pas aussi mal vu par la société que maintenant. Dans son livre La Politique de l’extase (p.41), il explique que le LSD aide à faire un chemin spirituel. En voici un extrait:

"Si vous prenez au sérieux la religion, si vous voulez vraiment vous engager dans une quête spirituelle, vous devez apprendre à vous servir des substances psychochimiques. Les drogues sont la religion du 21ème siècle. De nos jours, mener une vie religieuse sans utiliser de drogues psychédéliques, c’est comme si on faisait de l’astronomie à l’œil nu sous prétexte qu’il en était ainsi au 1er siècle avant Jésus-Christ, et que les télescopes ne sont pas naturels."

Il me semble que ces affirmations sont erronées, ou en tout cas bien trop catégoriques. À mon avis, les drogues ne sont qu’une illusion. Elles donnent l’impression d’avoir trouvé la bonne voie, le chemin de la Vérité, alors qu’en fait il n’en est rien… Elles trompent notre esprit. Personne n’a la science infuse, que ce soit sous LSD ou non! Et c’est presque une injure pour les croyants pratiquant une religion, que de leur dire que ce qu’ils font ne sert à rien tant qu’ils n’absorbent pas de drogues ! Par contre, il est possible que le fait de se droguer puisse aider à faire certaines réflexions spirituelles, mais là encore, cela dépend des personnes…


2.9 La musique venue des États-Unis

Pour les hippies, la musique était peut-être ce qu'il y avait de plus important. Même en France, ils écoutaient principalement de la musique anglophone venue d’Angleterre et principalement des États-Unis. Au début des années soixante, leurs idoles étaient surtout des groupes ou chanteurs de rock ou de blues aux paroles plutôt simplistes et sentimentales, comme les Beatles, qui commencèrent leur carrière mondiale dès 1962, ou Joe Cocker. Cette musique était plus libre ; elle échappait aux schémas traditionnels du rock. Beaucoup de groupes s’en inspirèrent par la suite, comme The Byrds, influencés par les Beatles. Ils aimaient aussi tout ce qui s'inspirait de la musique indienne et orientale, comme le chanteur britannique Donovan. Mais, vers la fin de la décennie, les artistes à la mode tels que Bob Dylan, se mirent à chanter des textes plus méditatifs et engagés. Ce fut aussi le début d'un nouveau style de musique pop: le "psychédélique" ou acid-music, qui évoquait l'état psychique provoqué par les drogues hallucinogènes. Après Jimi Hendrix, héros noir considéré comme le Dieu de la guitare de la fin des Sixties, les plus grandes figures de ce style furent Frank Zappa, Janis Joplin, les Doors, les Who, les Rolling Stones et Pink Floyd, tous encore mondialement célèbres aujourd'hui. La plupart de ces stars furent représentatives d'une génération d'artistes révoltés, qui explorèrent leur talent au détriment de leur vie. Par exemple, Jimi Hendrix, Jim Morrisson et Janis Joplin sont tous les trois morts jeunes et en pleine gloire (dans les années 70), des suites de l'abus de drogues et d'alcool (overdoses). La plupart du temps, ces artistes exceptionnels consommaient des drogues pour augmenter leur créativité. C'est ainsi qu'ils sont restés et resteront toujours des mythes, des légendes.

Voici une photo14 d’une des plus grandes idoles des jeunes hippies: il s’agit de Mick Jagger, chanteur des Rolling Stones (ici en concert à Francfort) et sex-xymbol; cheveux longs et torse nu ; c’est ce qui plaisait le plus aux femmes:

Mick Jagger, chanteur

Il convient également de mentionner encore le fameux Festival de Woodstock, à White Lake, qui dura trois jours en été 1969 (du 15 au 17 août), et fut le plus grand rassemblement de hippies de tous les temps: il y eut environ 700'000 personnes. Bien qu'il ait eu lieu aux États-Unis, beaucoup d'Européens, et surtout de Français, se déplacèrent pour aller voir et écouter leur idoles, telles que The Mamas and the Papas, Fleetwood Mac, The Beach Boys ou Santana. Les jeunes venaient tout d’abord pour écouter de la musique, mais aussi pour parler de thèmes leur tenant à cœur, comme les droits de l’homme. Ce fut un phénomène dont on parla encore plusieurs années après. D'ailleurs, un film et un double album sortirent et sont encore disponibles aujourd'hui. Ce qui surprend le plus dans le film est la paix et l'amour qui régnaient dans ce festival. Il n'y avait pas la moindre violence. Les gens étaient tous presque nus, certains faisaient l'amour devant tout le monde et la plupart de ces jeunes étaient continuellement sous l’effet de drogues… pour mieux se rendre compte de la foule que cela représentait, voici une photo15:

Festival de Woodstock

Le même mois eut également lieu le festival de l’île deWight, au sud de l’Angleterre, qui se déroula dans les mêmes circonstances qu’à Woodstock, mais avec moins de monde.

Voici justement un article tiré d’un exemplaire du 24H. d’aôut 1969 à propos de ce festival:

"150'000 fans sont au rendez-vous de Dylan - L’île de Wight accueille pour le week-end des dizaines de milliers de hippies venant de partout, de Finlande, de France, d’Allemagne et même d’Afrique du Sud et de Turquie pour écouter le pape du rock. Bob Dylan y donne en effet son récital de trois heures dimanche. Ce sera son seul concert de l’année, d’où le rush de ses admirateurs. La police estime qu’au moins 150'000 personnes seront sur place aujourd’hui. Parmi elles, Elizabeth Taylor et les Rolling Stones. Les autorités locales sont dépassées par cette invasion pacifique. Venus par trains, en moto, en auto-stop, bref, par tous les moyens possibles, les hippies dorment partout, sur les plages, dans les rues, sur les bancs. Les paisibles résidents n’avaient jamais assisté à un tel phénomène."


Notes - Références

  1. Tirée de : Encyclopédie Universalis, corpus 13, article «Jeunesse»
  2. Tiré de son livre: Pourquoi n’êtes-vous pas hippie? , p.45
  3. Tiré de : Journal d’une communauté, de Michel Besson et Bernard Vidal, p. 77
  4. Tiré de : Journal d’une communauté, de Michel Besson et Bernard Vidal, p. 10
  5. Tirée de : Les Hippies, de Joe David Brown, p. 123
  6. Tirée de : Encyclopédie Universalis, Corpus 13, article «Jeunesse»
  7. Tirés de : Pourquoi n’êtes-vous pas hippie?, de Bernard Plossu. pp. 137-139
  8. Tiré de : Allen Ginsberg, de Christine Tysh, p. 166
  9. Tirées de : Les Hippies, de Joe David Brown, p. 133
  10. Tiré de : Du Chocolat à la morphine, de Andrew Weil et Winifred Rosen, p.132
  11. Tiré de : L’Univers des hippies, de Jean-Pierre Cartier et Mitsou Naslednikov, p. 144
  12. Tiré de : L’herbe bleue, anonyme, p. 117
  13. Tirée de : Mémoires acides, de Timothy Leary, p. 243
  14. et 15. Tirée de : 1968 dans le monde, de David Caute, p. 288-289






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Mise à jour 20.4.2010

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